Site de Tollare La Giraglia Les Tornades Navire à Dolia Sept Galères

LES SEPT GALERES

Légende ou Histoire ?

 

La tradition orale constitue souvent le seul vecteur de transmission de faits historiques majeurs. Tel est le cas de l'histoire ou de la légende des sept galères espagnoles qui auraient autrefois fait naufrage à la pointe extrême du Cap Corse entre la côte et l'îlot de La Giraglia.

 

Le hameau de Tollare, une des deux marines de la commune d'Ersa comporte une chapelle dédiée à St Erasme, puis à St Marc et Ste Anne. Une pièce de bois sculptée en surmonte l'autel, représentant selon toute vraisemblance des scènes de la Visitation. De par sa forme cette pièce est sans aucun doute le balcon de poupe d'un navire des siècles passés. Des anciens du village m'ont souvent répété ce qu'ils avaient sans doute eux-mêmes entendu de leurs propres aïeux, savoir qu'il s'agissait du seul vestige d'un important naufrage.

 

Près de cette chapelle, face à la mer et à la Giraglia, se dresse une croix, maintes fois tombée en ruine et maintes fois rénovée. Cette croix est érigée à l'extrémité d'une petite esplanade gagnée sur les rochers et visiblement construite de la main de l'homme. On dit que sous cette esplanade seraient inhumés les corps de malheureux naufragés.

 

 

 

Un vieux lamentu "Le Sette Galere", autre vecteur de tradition orale, rapporte les faits de ce terrible naufrage. Le texte de ce lamentu écrit en vieux toscan a été reproduit dans un ouvrage intitulé "La chanson populaire de l'Ile de Corse" d'Austin de Croze, avec le commentaire d'introduction suivant:

"...sept galères espagnoles envoyées par l'Empereur Charles Quint partent de Barcelone pour secourir Bonifacio assiégée par les troupes du Roi de France Henri II. Nous sommes vers l'année 1550 et l'amiral génois Andréa Doria commande l'expédition. Mais passé Calvi une tempête se lève et les sept galères vont toutes se fracasser sur les rochers de la Giraglia". Ce commentaire, nous le verrons, n'est pas tout à fait cohérent avec le corps du texte du lamentu.

 

De quoi s'agit-il? Après quelques strophes d'incantation où l'auteur demande la force de surmonter sa propre émotion, on passe au vif du sujet. On évoque d'abord l'appareillage un vingt six novembre depuis "le riche rivage de Barcelone" d'une flotte de sept galères qui, sous le commandement de l'Amiral génois Don Andréa Duc Doria. (on le désigne souvent par le pronom "il" dans le texte), devait se rendre au secours de Bonifacio assiégée par Sampiero Corso aidé des troupes du Roi de France Henri II.

 

Di novembre scaduto

Fece partenza

Chi mai non l'ha saputo

Li ventisei

Con seimile combattenti

Alla fin per dar aiuto

Che temea dal re di Francia

Qualche assalto risoluto

 

Tutto festoso

Parti dal rico lido

Di Barcelona

Con onorato grido

 Don Andrea quel duca Doria

Al suo Re constante e fido

Capo di sette galere

Qual armato al mare infido

Le vingt six

Novembre écoulé

Il fit partance

Mais jamais quelqu'un ne l'a su

Avec six mille combattants

Afin de donner aide

parce qu'il craignait du Roi de France

Quelque assaut résolu

 

Tout joyeux

Il partit du riche rivage

De Barcelone

Avec l'honorable clameur

Don Andrea Duc Doria

A son Roi constant et fidèle

Chef de sept galères

Bien armées pour la mer traître

 

On relate la traversée entre Barcelone et Calvi, puis l'escale à Calvi.

 

Spiegate dunque

le grande vele al vento

Li remi isnelli

Al liquido elemento

Le sette galere armate

Con magnanimo ardimento

Finche giunsera propose

Fino a Calvi a salvamento

 

Fermati in Calvi

Lo spazio di poche ore

Tutti sentirno

La messa di buon core

Poi partino allegramente

Senza avere alcun timore

Era il mare fatto tranquillo

Ma presto canbio colore

Déployées donc

Les grandes voiles au vent

Les avirons souples

Dans l'élément liquide

Les sept galères

D'une magnanime ardeur

Il proposa de joindre

Calvi à bon port

 

Relâchant à Calvi

L'espace de quelques heures

Tous écoutèrent

La messe de bon coeur

Puis ils partirent allègrement

Sans avoir aucune peur

La mer était tranquille

Mais va vite changer de couleur

 

Mais le temps change bien vite dans les parages du Cap Corse. En dépit des conseils des marins qui recommandent de s'abriter dans le golfe de Saint-Florent, l'Amiral Andrea Doria s'obstine à vouloir doubler le Cap Corse. Le passage de la Giraglia va s'avérer dramatique

 

Spiegate appena

Le vele un'alatra volta

Se ammanto il cielo

Di oscura nebbia folta

Grida il mare, freme il vento

In quel punto e l'ora sciolta

Ed appresso il general

Li pilota non ascolta

 

Il Capo Bianco

Passaron con gran forza

A vele e remi

Con la poggia et con l'orza

Arrivati a la Giraglia

Si fa notte et il sol si morza

Gli conviene di dar fondo

Perche il vento si rinforza

 

Passano i flutti

Dalla poppa alla prora

Per inghiottirli

Par che li tardi l'ora

Nelle camere piu chiuse

Vi entra l'acqua come fuora

L'ancora della speranza

Piu non regge e non lavora

A peine déployées

Les voiles à nouveau

Le ciel se  couvrit

D'un brouillard épais et noir

La mer hurle, le vent frémit.

A ce moment là le temps s'arrête

Et après le général

N'écoute pas les pilotes

 

Le Capo Bianco

Ils passèrent à grand force

de voiles et de rames

avec le coté sous le vent

Arrivés à la Giraglia

Il fait nuit et le soleil se couche

Il leur convient de se donner du fond

Parce que le vent se renforce

 

Les flots passent

De la poupe à la proue

Pour les engloutir

Il semble que tard dans la nuit

Dans les cabines les plus fermées

L'eau rentre comme dehors.

L'ancre de miséricorde

Ne tient plus ni ne travaille

 

Suivent plusieurs strophes décrivant les recommandations à la divine providence des marins, soldats et galériens de la flotte. L'Amiral Andrea Doria lui même regrette sa décision et se recommande à son Saint Patron André. Le lamentu précise qu'étant le vingt neuf du mois de novembre, c'est la veille de la date de célébration de ce saint auquel précisément la paroisse du pays local, Ersa, est consacrée. (rappelons que saint André est fêté le 30 novembre).

 

La divine providence va être favorable à l'Amiral, dont la galère de commandement va pouvoir regagner le golfe de Gênes. Le lamentu précise sans donner plus de précision que, sur les six autres galères, quatre d'entre elles se sauvèrent.

 

Cosi piangendo

Parea che il cuor gli cresce

Parve di udire

Voce che dal cielo esce

Va sigure e non temere

Che di te molto m'incresce

Fece vele egli frattanto

Versi il golfo et gli riesce

 

Le sei galere

Su l'ancora restorno

Con la speranza

Che li faccesse giorno

L'anto alle anime purganti

Queste si raccomandorno

Che per il mezzo di quelle

Quattro sole si salvorno

Ainsi pleurant

il semble que son coeur s'agrandisse

Il semblait entendre

Une voix qui sortait du ciel

"Va tranquille et n'aie pas peur

Car pour toi j'ai beaucoup de peine"

En attendant il cingla

Vers le golfe et il réussit

 

Les six galères

Resteront à l'ancre

Avec l'espoir

Qu'il fit jour

Aux âmes du purgatoire

Elles se recommandèrent

et, grâce à elles

Seulement quatre se sauvèrent

 

On poursuit par une description infernale du sort des deux galères restantes, qui se briseront sur le rivage. On évoque alors successivement les diverses catégories de victimes. Le chapelain qui n'a cessé de chanter le miserere et de donner l'absolution, les deux capitaines et leurs marins, les officiers de la chiourme qui n'ont pas échappé au désastre, les soldats auquel rien n'aura réussi, ni le mousqueton, ni l'épée, les galériens enfin qui sont morts avec double peine, avec encore les fers aux pieds.

 

Oh Cielo! Oh Terre!

Oh Mare! Il vostro imbroglio

Tutto versaste

Con tenebroso orgoglio

Sopra spinali marini

Delle quali narrar voglio

Una nella rena frange

L'altra rotta nello scoglio

 

Con doppia pena

Morivan li forzati

Di crudi ferro

Li piedi hanno staccati

E dai flutti i naviganti

Rotti pesti e fracassati

Chi ha veduto un tal flagello

Sangue dagli occhi ha versato

Oh Ciel! Oh Terre!

Oh Mer! Votre enchevêtrement

A tout renversé

Avec ténébreuse fierté

Sur la crête des vagues

Donc je veux parler

Une se brise sur le sable

L'autre s'écrase sur les rochers

 

Avec double peine

Mourraient les galériens

Avec le fer cru

Les pieds se sont arrachés

Et des flots les navigateurs

Cassés, moulus et assommés

Celui qui a vu un tel fléau

A versé des larmes de sang

 

Dans ses dernières strophes, le narrateur demande grâce à son auditoire, car il ne se sent plus en état de poursuivre un chant aussi douloureux

 

Dunque uditori

Non vi dispiaccia intanto

Se tronco il filo

A un doloroso canto

Che per me fin dal principio

Mi sentii commosso alquanto

Non vi sembri casa istrana

Si vi lascio in doglia e pianto

Donc, vous qui m'écoutez

Ne soyez pas désolés pour l'instant

Si je coupe le fil

A ce chant si douloureux

Car pour moi, dès le début

Je me suis senti assez ému

Cela ne vous semblera pas étrange

Si je vous laisse en souffrance et en larmes

 

 

Ainsi se termine ce lamentu qui ne comprend pas moins de 33 strophes, et dont nous n'avons reproduit que les plus significatives. Comme nous le disions, le commentaire d'introduction du lamentu que nous avons reproduit plus haut, n'est pas totalement cohérent avec le texte même du lamentu: en effet, à en croire ce texte, c'est plus exactement deux et non pas sept galères qui ont fait naufrage, non pas sur l'île de la Giraglia, mais sur le rivage. De plus la date de 1550 ne parait pas exacte, comme on le verra plus loin.

 

On peut également se poser quelques questions sur le texte du lamentu lui-même. En évoquant le départ de Barcelone de l'armada, le lamentu fait état de six mille combattants. Répartis sur les 7 galères, on imagine mal que chaque galère, dont la longueur ne devait pas excéder 50 mètres, ait pu embarquer pas loin d'un millier d'hommes. Le nombre de combattants est-il exagéré par le narrateur? N'y avait-il pas plus de 7 galères? Rappelons nous que le nombre 7 a un caractère assez magique et se rencontre souvent dans les temps anciens (7 pêchés capitaux, 7 merveilles, etc)

 

Dans une autre strophe on relève le nombre de six cent mères affligées (Di seicento afflitte madre), qui correspondrait au nombre de victimes du naufrage des 2 galères, soit un nombre de 300 combattants par galère qui parait plus raisonnable encore qu'ils devaient y être bien à l'étroit.

 

On voit combien il n'est pas facile de raccorder cette forme de transmission orale qu'est le lamentu, avec la véracité des faits historiquement connus.

 

Dans une première recherche de faits historiques susceptibles de corroborer le récit du lamentu, un rapprochement a été opéré avec un épisode des guerres de Sampiero Corso

 

Dans sa campagne pour libérer la Corse de l'occupation génoise, Sampiero Corso a bien mis le siège devant Bonifacio, une des cités génoises, aidé dans ses actions militaires par les troupes du Roi de France Henri II, voire même par la flotte barbaresque. Cependant les historiens situent le siège de Bonifacio par la flotte franco-turque en 1553. On relève à cet égard dans la Nouvelle histoire de la Corse de Jacques Grégori (Edition Jérôme Martineau): "...Toutefois l'alliance franco-turque a soulevé l'indignation générale des états catholiques. Gênes en profite pour demander à Charles Quint des troupes germano-espagnoles. Celles-ci lui sont fournies et le vieil amiral Andrea Doria propose une expédition de reconquête. Entre temps, les Turcs dépités du peu d'avantage que leur a procuré la  prise de Bonifacio quittent la Corse le 1er octobre 1953. Le départ de leur flotte enlève aux français la maîtrise des mers."

 

Ce serait donc plus vraisemblablement le 29 novembre 1553 qu'il conviendrait de situer le naufrage des galères espagnoles, alors que l'armada d'Andrea Doria faisait route de Calvi vers Bonifacio pour délivrer cette ville qui n'était plus qu'aux mains de la flotte française, la flotte turque s'étant désengagée. A noter que toujours selon ce même ouvrage, "... le 17 novembre 1553, Andrea Doria, à la tête de douze mille hommes débarque devant Saint-Florent.". Le vieil amiral était donc bien dans les parages à cette date. Andrea Doria est âgé en 1553 de 87 ans et rayonne de sa gloire et de ses victoires. Il a été nommé en 1550 général de la mer par Charles Quint. Il décédera à Gênes en 1560 à l'âge très honorable pour un amiral et pour l'époque de 94 ans.

 

En conclusion, l'odyssée des sept galères espagnoles relève-t-elle de l'histoire ou de la légende?  Ce mystère pourrait bien offrir le sujet d'une thèse à un étudiant de l'Université de Corse pour rechercher à Barcelone trace du départ de l'armada, pour rechercher dans les archives de Gênes tous écrits relatifs à l'expédition d'Andrea Doria, pour expertiser enfin le balcon de poupe ornant l'autel de la chapelle St Erasme à Tollare.

 

Lors de l'été 1997, des chercheurs dirigés par le professeur Pierre Villié ont passé des jours à plonger au bout du Cap Corse, de Tollare à la Pointe d'Agnello et de l'anse de Barcaggio à l'Ile de la Giraglia, sans trouver aucune trace des galères qui gardent donc tout leur secret. Mais pour eux le dossier n'était pas totalement refermé et ils espéraient bien poursuivre leurs investigations.

 

*                                             *

 

Effectivement, le dossier des Sept Galères n'a demandé qu'à se rouvrir. Ayant eu communication par nos soins du texte du lamentu ainsi que des vestiges conservés dans la chapelle St Erasme à la Marine de Tollare,  enfin de nos bribes de la tradition orale, une nouvelle équipe dirigée par Gilles de La Brière a entrepris des recherches sur le sujet.

 

Gilles de La Brière est un passionné de la recherche archéologique sous-marine.  Assisté d’une équipe de plongeurs bénévoles, il prospecte depuis plusieurs années les parages du Cap Corse, étant mandaté  par la FFESSM (Fédération Française des Etudes et Sports Sous-Marins) et habilité dans ses recherches par la DRASSM (Direction des Recherches Archéologiques subaquatiques et Sous-Marines).

 

Au cours de l’été 2006, cette équipe s’est donc, entre autres, intéressée à ces galères dont la légende et la tradition orale mentionne le naufrage au Cap Corse. Les recherches sous-marines in situ non guère été fructueuses, à l’exception d’une concrétion formée autour d’un objet qu’on peut identifier comme une dague.

 

Par contre, l’équipe s’est lancée à la recherche de nos mystérieuses galères dans les archives de Barcelone et de Gènes. Les documents glanés au cours de ces recherches sont en cours de traduction et d’analyse. Mais, dès à présent ils permettent d’apporter un nouvel éclairage sur cet épisode maritime.

 

L’hypothèse jusque-là formulée selon laquelle ces galères faisaient partie de la flotte hispano-génoise de l’Amiral Andrea Doria, rassemblée à Calvi en 1553 pour porter secours à la citadelle de Bonifacio occupée par Sampiero Corso  allié au Roi de France Henri II, tombe en lambeau.

 

Ces documents officiels font état d’une escadre de 7 galères partis de Barcelone le 11 Novembre 1693 pour se rendre à Gènes. Ces navires transportaient des troupes sous le commandement du Duc de Tursis envoyées en renfort de l’armée du Milanais.  Il est fait état de 2.000 hommes.

 

LA GAZETTE, journal français de l’époque  relate dans sa chronique « De Gènes le 9 décembre 1693 »

« …on attendait (à Gènes) dès la semaine passée les galères d’Espagne et celles du Duc de Tursis avec environ deux mille hommes d’infanterie qu’elles ont embarqués à Barcelone et à Alicante. On avait su aussi que la tempête avait obligé les dernières à relâcher en l’Île de Corse …..Mais on a appris par des lettres de Livourne confirmées par plusieurs autres avis qu’on a reçus depuis le 7 de ce mois que sept galères du Duc de Tursis ayant gagné avec beaucoup de peine la rade de Sainte Marie delle Capella dans l’ile de Corse, y avaient été surprises d’un coup de vent qui les avait empêchées de prendre le large, se sorte que trois avaient donné contre les écueils et étaient brisées avec pertes de tous ceux qui étaient dessus. Les quatre autres au nombre desquelles est la Capitaine montée par le Duc de Tursis se sont sauvées fort maltraitées dans la Golfe de Saint Florent dans la même île. Des lettres venues aujourd'hui de Livourne portent qu’on n’avait aucunes nouvelles certaines de ces quatre galères. »

 

Ce même journal reprend l’information dans sa chronique «  De Gènes, le 16 décembre 1693 »

« …Le 14 de ce mois cinq galères arrivèrent (à Gènes) d’Espagne avec d’autres troupes. Deux autres de cette même escadre se sont perdues : l’une ayant donné sur les écueils du Cp S.Fiorenze dans l’le de Corse ; l’autre sur la côte voisine : et il y est péri environ cinq cent hommes. Il s’en est sauvé quelque uns entre autres un Envoyé du Prince d’Orange vers le Duc de Savoie. » 

 

Enfin un document recueilli par les chercheurs, écrit en vieil espagnol, traduit avec beaucoup de peine, donne des détail sur les circonstance du naufrage :

« Le Duc de Tursis et Don Carlos de …. Commandant d’escadre … sont partis le 11 Novembre de Barcelone et sont arrivés au Cap Corse le 29. Il a fait froid l’après midi et il fut nécessaire d’aller mouiller  et d’attendre quelques heures jusqu’à la nuit et passer le canal au jour pour atteindre la terre ferme. Toutes les galères jetèrent l’ancre au milieu entre le Cap et la Giraglia.

 

Il fit installer à droite et à gauche des girouettes afin de suivre les évolutions du vent et sortir à n’importe quel moment si le vent changeait. Ce dernier continuait à souffler fortement et la mer était mauvaise jusqu’à 23 heures. Le son de la trompette à donné l’ordre aux galères d’appareiller et d’allumer trois fanaux en poupe  de son navire amiral ( ou capitaine) et de se diriger vers le port de St Florent. Il leva l’ancre sans difficulté.

 

Les autres galères n’ont pas suivi car au moment de lever l’ancre le vent furieux a tourné en Tramontana , ce qui obligea 4 galères à rester ancrées jusqu’au lendemain. La galère capitaine de Juan Domingo Espinola  mis la voile pour remonter le Cap avec le vent d’Est et a viré sur la plage, et la galère Capitaine de Alexandro qui avait essayé de sortir par l’Ouest s’est échouée sur les écueils.

 

Plus tard lors de son arrivée à St Florent le Duc fut averti et il envoya sur le lieu du naufrage des ordres et de l’argent pour nourrir les soldats, les marins, la chiourme ………. et ramasser tout le reste , …. les armes des bateaux….

 

Le  Duc envoya un message à Gérardo Spinola Marquès, Gouverneur de la Corse pour le compte de la République de Gènes, afin qu’il donne les consignes opportunes pour que tout soit réglé le mieux possible. Il agit avec prudence et autorité, et c’est à son zèle et sa diligence que sont attribués le rassemblement de 5 galères à St Florent avec la plus grande partie des soldats et des marins, et 265 rameurs (Galériens forçats), hors quelques uns qui se sont réfugiés dans les couvents Franciscains et Capucins,  plus ceux qui se sont cachés dans les églises avec l’autorisation de l’Evêque de Bastia …. ….

 

Au  Gouverneur Spinola resta la charge d’envoyer ceux qui n’avaient pas voulu sortir des lieux sacrés et qu’il pouvait arrêter  dehors ….

 

De la galère de Juan Domingo Spinola il ne manquait personne, ceux d’Alexandro et Estreban Doria se sont noyés avec leurs capitaines, deux de l’infanterie des transports, deux de l’artillerie …Le Duc envoya récupérer la « paye » ..  .. l’artillerie des deux galères, les deux trinquettes, les deux mats de misaine, quelques antennes ( vergues ?), du fer, deux pierriers ( pedreros) en bronze, et de l’argent. »

 

 

*                                             *

 

On ne peut qu’être frappés par les similitudes des détails relatés entre ces documents et le lamentu.

·         La date du 29 Novembre mentionnée dans les documents correspond au jour de la Saint André évoqué dans le lamentu ;

·         Le même nombre de Sept galères dans les documents et le lamentu ;

·         le lieu du naufrage entre le rivage et l’îlot de La Giraglia ;

·         Le même nombre de Deux galères naufragées ;

·         Le nombre sensiblement le même de victimes : environ 500 dans les documents pour 600 mères affligées (Di seicento afflitte madre) dans le lamentu ;

·         Les circonstances mêmes du naufrage : une galère qui s’écrase sur les écueils, une autre qui se brise sur le sable

·         Etc…..

 

A l'inverse, on relève dans le lamentu, dont le texte provient d'une copie d'une revue écrite en langue corse qui n'a pu être identifiée:

1 - Dans l'introduction: "...Sept galères espagnoles envoyées par l’empereur Charles Quint partirent de Barcelone pour porter secours à Bonifacio occupé par les troupes du Roi de France Henri II. Nous étions vers 1550 et l’amiral génois Andrea Doria commandait l’expédition...". Cependant le texte de cette introduction reste sujet à caution.

2 - Dans les 4e et 5e strophes: "

 

Li ventisei

Di novembre scaduto

Fece partenza

Chi mai non l'ha saputo

Con seimile combattenti

Alla fin per dar aiuto

Che temea dal re di Francia

Qualche assalto risoluto

Tutto festoso

Parti dal rico lido

Di Barcelona

Con onorato grido

 Don Andrea quel duca Doria

Al suo Re constante e fido

Capo di sette galere

Qual armato al mare infido

 

il est bien question du Duc Andrea Doria qui a le commandement de la flotte.

 

Cependant, aucune dispersion de la flotte de l'Amiral Andrea Doria par une quelconque tempête n'est mentionnée dans les ouvrages courants de l'histoire de la Corse. ni "Nouvelle Histoire de la Corse " de Jérôme Gregori, ni "Histoire de la Corse" de Michel Vergé-Franceschi, ni "Histoire de la Corse" de Pierre Antonetti qui évoque bien que le vieil amiral a pris en 1553 le commandement d'une puissante escadre mi-génoise mi-espagnole, ni "La Tragique Histoire des Corses" du moine bénédictin Dom Jean-Baptiste Gaï, ni même l'imposant "Histoire de la Corse" de l'Abbé Ange Galetti. En fait,  seule l'introduction du lamentu évoque cette dispersion de la flotte d'Andrea Doria.

 

Il convient donc de s’en remettre aux faits historiques mentionnés dans les documents relatifs à la traversée de la flottille de galères du Duc de Tursis en 1693 qui semblent être suffisamment  probants pour établir que le lamentu des SETTE  GALERE évoque vraisemblablement celui des galères du Duc de Tursis et n’a rien à voir avec la flotte d’Andre Doria rassemblée en 1553

 

On peut imaginer que l'auteur inconnu du lamentu ait, dans son élan lyrique, mêlé les deux évènements. La revue également non identifiée en langue corse qui a reproduit le lamentu, a pu être abusée et rédiger une introduction qui ne peut être créditée d'aucune quelconque valeur historique.

 

D’ailleurs n’avons-nous pas failli nous même tomber dans le panneau ???

 

© Claude CAZEMAJOU

Juin 2007

 

 

Remerciements à Josiana MANNONI-QUATRONI et au personnel du Consulat d'Italie à Bastia, pour leur aide précieuse dans la traduction libre du texte en vieux toscan du lamentu.

 

Remerciements à Gilles de La Brière et son équipe pour la communication de leurs recherches historiques dont la poursuite ne peut que nous aider dans la quête de la vérité historique.

 

Les 6 premières strophes du lamentu " Sette Galere"  ont été chantées par Nicole CASALONGA et Gilberte CASABIANCA du groupe "E voce di u comunu" (Compact Disk CORSICA Chants polyphoniques Harmonia Mundi HMC 901256).

 

 

 

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