Site de Tollare La Giraglia Les Tornades Navire à Dolia Sept Galères

L'Ilot de LA GIRAGLIA

 

Enorrme rocher de serpentine verte, l'îlot de LA GIRAGLIA constitue le prolongement septentrional du Cap Corse. Situé à environ 1,5 milles nautiques dans le Nord-Nord-Est de la marine de TOLLARE, cet îlot long d'environ 800 m, large en moyenne de 50 m s'élève à plus de 60 m au dessus de la mer. Il est exposé à tous les vents, d'accès difficile, isolé par les tempêtes une bonne partie de l'année. Il marque le passage obligé pour tous les navires allant d'un rivage à l'autre de la Corse, de la mer Méditerranée à la mer Tyrrhénienne.

 

       

 

La tour génoise

Le caractère stratégique du site n'échappe pas aux génois qui dès 1551 projettent d'y construire une tour importante. La décision de construction n'intervient qu'en 1573. La construction est longue et laborieuse. Aux difficultés naturelles d'accès, s'ajoutent des attaques des Turcs sur le chantier et d'innombrables contestations entre le surintendant à la construction, ses partenaires et les populations, réticentes à payer l'impôt levé pour la construction. La tour est finalement achevée en 1585.

 

C'est une construction importante, du type carré, à plusieurs étages, destinée à abriter une petite garnison constituée au minimum d'un chef, d'un bombardier et de deux soldats. Elle est dotée de deux pièces d'artillerie et de mousqueterie. On peut supposer qu'outre sa vocation de tour de garde, l'édifice devait arborer la nuit un brasier destiné à baliser le danger que constitue l'îlot pour la navigation.

 

Quelque peu tombée en désuétude au XVIIIe siècle, Napoléon 1er inquiet des incursions de l'amiral anglais NELSON sur les côtes de Corse, l'aurait faite rénovée et y aurait installé une garnison.

  

La chapelle

La tour est jouxtée d'une petite chapelle érigée en 1728 par un certain Domenico de Urbani q. Antonio Maria de Granaggiolo d'Ersa, chef-gardien de la tour de 1720 à 1730.

  

Le phare

Le phare de LA GIRAGLIA est un feu tournant de première grandeur à éclat blanc toutes les 5 secondes portant à 30 milles nautiques soit environ 55 km.

 

C'est la Révolution Française qui crée en 1792 le premier "Service des Phares et Balises", mais c'est Napoléon 1er qui véritablement lance le programme du balisage des côtes françaises en organisant "l'administration des Phares et Balises" au sein de la Direction des Ponts et Chaussées. Il confie au savant François ARAGO la responsabilité d'une "commission permanente des phares". ARAGO fait appel à Augustin FRESNEL  qui met au point le fameux système à lentilles qui portera son nom, essayé avec succès en 1821 sur la construction en cours de l'Arc de Triomphe. La Restauration, la Monarchie de Juillet, puis le Second Empire suivaient l'impulsion donnée par Napoléon 1er.

 

Ce n'est qu'en 1838 qu'une commission se rend en Corse, présidée par le capitaine de vaisseau DELOFFRE, avec mission de déterminer le nombre, l'emplacement et la nature des grands phares à construire tout autour de l'île. La commission prospecte les sites à retenir  sur un petit vapeur "La Chimère".

 

La mise en chantier suit immédiatement et s'achève successivement par la mise en service de Pertusato, La Revellata, Les Sanguinaires et La Chiappa entre fin 1844 et début 1845. Giraglia ne sera achevé qu'en 1848 avec trois années de retard dues à l'importance des travaux, aux difficultés rencontrées, aux mauvais temps et aux accostages périlleux. Sa construction relève de l'exploit car il fallut amener par mer de Bastia tous les matériaux et équipements, puis les débarquer dans des conditions périlleuses, enfin les monter à dos d'ânes au sommet de l'île. La construction dura 10 ans, à peine deux ans de moins que celle de la tour génoise du XVIe siècle dont la construction fut aussi un exploit.

 

Le phare est un ouvrage magnifique qui se présente comme une petite forteresse crénelée surmontée d'une tour circulaire de 26 m de hauteur. Le hall d'entrée du phare était orné du buste de son concepteur Léonce RAYNAUD l'éminent spécialiste des phares du XIXe siècle, qui l'inaugura le 1er janvier 1848. Aujourd'hui ce buste a été ramené dans les locaux de la D.D.E. à Bastia. Il faut gravir 104 marches pour accéder à la lanterne. Les locaux inférieurs permettent d'accueillir deux gardiens appelés à passer 15 jours au phare suivis de 8 jours à terre. N'oublions pas "l'appartement de l'ingénieur", toujours gardé en état de propreté irréprochable, en prévision des visites d'inspection. Le phare fut successivement alimenté au pétrole, puis à l'électricité produite par des groupes diesel, pour de nos jours être alimenté par des panneaux solaires. Pendant quelques années entre 1950 et 1980, une antenne émettrice d'aide à la navigation, radio-phare système gonio, fut en fonctionnement sur l'île. Depuis les satellites et autres systèmes GPS ont rendu obsolète cette installation qui fut démontée. Deux débarcadères ont été aménagés au niveau de la mer. Le plus important se situe sur le coté Est, à l'abri des forts vents dominants des secteurs Sud-Ouest à Ouest, mais le plus souvent exposé à la houle du large. Le second débarcadère plus sommaire est sur le coté Ouest, permettant l'accès par vents soufflant des secteurs Sud-Est à Est. L'accostage est le plus souvent assez acrobatique.

 

Les seuls compagnons des deux gardiens se limitaient à quelques poules et leur coq ainsi qu'un âne, auquel les gardiens avaient bien irrévérencieusement donné le nom de "Monsieur l'Ingénieur". L'absence de source et de terre interdisait tout jardinage. La relève et le ravitaillement étaient assurés, temps permettant, par la vedette des phares et balises basée à Macinaggio

 

La visite au phare était un enchantement. Que de fois y ai-je accompagné des amis de passage en les embarquant sur mon bateau. Parvenu sur la plate-forme au sommet de l'île, on découvrait le grandiose paysage marin des rivages de l'extrême pointe du Cap Corse. On y était toujours accueilli le plus courtoisement du monde par les gardiens, heureux de recevoir âmes qui vivent et qui faisaient signer le livre d'or. Le savoir vivre le plus élémentaire commandait d'apporter une ou deux bonnes bouteilles et quelques friandises ou vivres frais que l'on dégustait avec les gardiens. "Monsieur l'Ingénieur" se prêtait facilement au rituel de la photo souvenir, mais se montrait parfois assez facétieux. Personnellement je lui ai vu dévorer en un clin d'oeil un magnifique chapeau de paille imprudemment déposé sur la rambarde par une visiteuse.

 

Aujourd'hui, le phare est entièrement automatisé et télécommandé. Les gardiens, désormais absents de l'île, ont du se reconvertir en agents de maintenance. La vedette est toujours présente à Macinaggio pour assurer le transport jusqu'au phare des agents et du matériel d'entretien.

 

La visite n'est malheureusement plus possible. Désormais, la porte du phare reste close et le débarquement sur l'île est même interdit. Et "Monsieur l'Ingénieur" n'est plus là pour dévorer les belles capelines de paille des élégantes visiteuses.

 

Le phare de La Giraglia est classé en Novembre 2010 "Monument historique" par le Ministère de la Culture et de la Communication.

  

La Madonnina

A l'extrémité sud de l'île, une statue de la Madonne a été érigée dans les années 1930. Elle concrétise le voeu pieux d'une jeune femme d'Ersa. Elle visitait le phare en compagnie de son époux, avec leur petite fille. Lors de la traversée de retour, la barque du pêcheur qui les avait accompagnés, et qui était leur oncle, fut surprise par un brusque coup de vent. La jeune femme connut la frayeur de sa vie et se recommandant à la Sainte Vierge, fit le voeu d'en faire ériger une statue, s'ils parvenaient à bon port. Son voeu fut exaucé et elle honora sa promesse.

 

© Claude CAZEMAJOU 

 

                                  

Sources de renseignements:

·      Antoine-Marie GRAZIANI - Etude sur quelques tours du littoral de la Corse - Association Pandetta Corsica

·      Jean-Marie HOMET - Les Phares de la Corse - La Marge Edition

·      D'autres éléments sont tirés de recherches personnelles ou de la tradition orale.

 

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